"C'est toi qui réaliseras mon rêve. Envole-toi !"

Pour clore en beauté une année 2007 particulièrement active (ponctuée par le polar Ryû ga gotoku: gekijô-ban
, le western Sukiyaki Western Django
et la comédie horrifique Tantei monogatari
), Takashi Miike
choisit d'adapter la bande dessinée d'Hiroshi Takahashi
. Kurôzu zero
, également inédit dans les salles françaises, vise plus précisément à offrir un récit préalable aux ouvrages du mangaka. Film d'action violent quoique sans excès, il est d'ailleurs régulièrement ponctué d'un humour burlesque qui lui permet d'éviter l'embûche du manichéisme stéréotypé. Principalement destiné à un public jeune, Kurôzu zero
réunit un joli trio d'acteurs vingtenaires, Shun Oguri
(Azumi
), Takayuki Yamada
, vedette de la série télévisée Waterboys
, sans oublier leur discrète cadette Meisa Kuroki
ainsi que Kyôsuke Yabe (trentenaire aperçu chez Takeshi Kitano
et dans Dead or Alive: Hanzaisha
du même Miike
).
















La rentrée scolaire au lycée pour garçons de Suzuran donne d'emblée lieu à une nouvelle guerre pour prendre le contrôle de l'établissement. Récent inscrit, Genji Takiya se place en principal prétendant pour succéder à Serizawa, alias le "Monstre de terminale". En tentant, à partir de presque rien, de vaincre son adversaire, Genji ambitionne aussi de succéder à son père Hideo à la tête du clan Ryuseikai. Pour cela, il doit s'imposer par la force, mais aussi par le recrutement de partisans au sein de l'école. Ou en dehors, comme avec Ken, un yakuza du clan rival Yazaki, ancien élève de Suzuran qui rêvait à l'époque d'atteindre le même objectif. S'il parvient à obtenir le soutien de Makise puis à se rapprocher de la jeune lycéenne et chanteuse de R&B Ruka, Genji voit en revanche son ami d'enfance Tokio faire alliance avec Serizawa.

"Suzuran, ça décoiffe !" Au demeurant, à tous les sens du terme. S'il n'a pas d'ambition "thématique" comparable aux Rebel Without a Cause
, Blackboard Jungle
* ou The Outsiders
, Kurôzu zero
se montre bien plus intéressant que Massacre at Central High
et Class of 1984
auxquels on pourrait imprudemment être tenté de le comparer. Avec sa logique apparemment un peu primaire, voire simpliste, lutte presque absurde pour le pouvoir, le film n'induit il est vrai aucune réflexion sur la violence de la jeunesse japonaise. Un phénomène constant mais souligné depuis la fin des années 1990** et sujet récurrent du manga. Il sait cependant, outre les bagarres, alterner les rythmes et les motifs (destruction-réparation, confrontation-dissociation), dévoilant au détour du scénario une véritable tonalité de drame. Très doué, le singulier Takashi Miike
sait lui apporter une ampleur souvent spectaculaire ; et comme les interprètes, premiers et seconds rôles, se montrent plutôt convaincants et adroits, l'ébattement est au rendez-vous et l'on verra sans déplaisir le Kurôzu zero II
sorti en avril dernier au Japon.








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*on ne voit, sauf pendant une brève scène au début du film, aucun enseignant ni personnel d'encadrement au cours du métrage.
**probable héritière de celle du Zengakuren, née en 1965 et illustrée dans quelques films notamment de Nagisa Oshima
.

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