lundi 27 octobre 2008

Lake of Fire


"Ce sont ces enfants-là que l'on aime profondément, tant qu'ils sont dans l'utérus de quelqu'un d'autre."

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Connu jusque-là pour ses vidéos musicales (Johnny Cash, Soul Asylum...) et pour une première fiction, American History X (qui a notamment servi de tremplin à la carrière d'Edward Norton... et à l'infortune de son réalisateur !), le Britannique Tony Kaye livrait, il y déjà deux ans, un inattendu, très surprenant et efficace documentaire consacré à la violente polémique qui oppose partisans et adversaires de la libéralisation de l'avortement aux Etats-Unis(1). Présenté en première au Toronto Film Festival début septembre 2006, Lake of Fire n'a connu qu'une diffusion relativement confidentielle tant Outre-Manche que dans le pays où il a été tourné. Pourtant la portée de ce film, dont le titre est tiré d'une représentation évangélique de l'enfer évoquée par une vieille (1983) chanson des Meat Puppets reprise en concert par Nirvana, dépasse largement les frontières de la république où se pratiquent environ un million deux cent mille IVG chaque année (200 000 en France) et le seul cadre du XIVe amendement de sa constitution.
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Car depuis l'arrêt Roe v. Wade rendu par Cour suprême en janvier 1973 sous l'administration Nixon, légalisant en vertu de la liberté personnelle et la protection de la sphère privée, l'interruption volontaire de grossesse, la nation fondée par George Washington et Thomas Jefferson connaît une certes circonscrite mais véritable guerre civile, voire pour certains religieuse. Celle-ci met aux prises depuis cette époque les pro-choice considérant cette décision comme le résultat de leur revendication et les pro-life souvent liés aux églises protestante et catholique, évidemment hostiles à ces infanticides à grande échelle. Et dont l'ostensible activisme, parfois criminel, se voyait par la suite relayé par le conservatisme des mandatures de R. Reagan puis celles des Bush père et fils. Dans cette esprit, le bannissement de l'avortement médical(2) en Dakota du Sud décidé en février 2006 par le très populaire gouverneur républicain et catholique Michael Rounds, réélu en novembre de la même année, sert d'élément déclencheur à Lake of Fire. Le documentaire retrace alors, à partir de 1993, la lutte féroce que se livrent ces adversaires inconciliables, où le meurtre passe aisément du statut d'argument à celui d'instrument d'intimidation, de harcèlement et finalement de terreur.
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Tout au long de cette enquête débutée seize ans avant la sortie de ce film auto-financé(3), Tony Kaye donne tour à tour la parole aux protagonistes de ce houleux débat de société. Il révèle aussi, grâce à différents témoignages, le passé et les sympathies souvent peu reluisants de certains activistes pro-life, tels John Burt ou Paul Jennings Hill, condamné à mort en 1994 et exécuté en 2003 pour l'assassinat en Floride de deux personnes dont David Gunn, un docteur pratiquant l'IVG. Kaye interroge également des universitaires dont les propos apportent un utile contrepoint rationnel aux convictions exprimées souvent de façon passionnelle par les précédents. Entre éthique et politique, les enjeux sont bien sûr complexes, apparemment irréductibles. Mais au-delà des embarrassantes considérations collectives, l'intelligence du cinéaste est de nous rappeler aussi que l'avortement constitue avant tout une terrible tragédie personnelle, fondée à la fois sur un dilemme et un constat d'échec. Comme celles qui sont contraintes d'y avoir recours, certaines idées que l'on croyait inébranlables ne sortent pas totalement indemnes du visionnage de ce documentaire.
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1. voir également sur le sujet le film de Marc Levin & Daphne Pinkerson Soldiers in the Army of God (2000).
2. Women's Health and Human Life Protection Act.
3. et interrompue entre 1998 et 2000 pour graves raisons pécuniaire.

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