jeudi 7 février 2008

Seraphim Falls


"... Extremities only."

 - film - 39750_8
Depuis le succès rencontré par son court métrage Bullet in the Brain, le réalisateur David Von Ancken s'était surtout consacré à la télévision, notamment la série Cold Case pour laquelle il a dirigé quatre épisodes. Seraphim Falls, son premier et actuel unique long métrage de cinéma (produit par Bruce Davey pour Icon Production, la structure indépendante de Mel Gibson), est un western atypique et, malgré le classicisme de sa thématique principale, original et accrocheur. Annoncé à Cannes en mai 2005 et présenté en première au festival de Toronto seize mois plus tard, le film, qui réunit pour la première fois les Irlandais Pierce Brosnan et Liam Neeson, n'a étrangement pas connu de distribution en France*. Il mérite pourtant, assurément, d'y rencontrer son public.
 - film - 39750_12
Ruby Mountains, 1868. Un homme est poursuivi depuis plusieurs jours par cinq individus. Touché par balle au bras, il doit soudainement abandonner son repas, ses armes et son cheval pour leur échapper en dévalant les pentes neigeuses. En tentant de traverser sur un arbre les eaux tumultueuses d'un fleuve, il y tombe et est entraîné jusqu'à une chute où il manque de se noyer. Trempé et frigorifié, il trouve encore le courage et la force de retirer le projectile de son bras blessé. Le groupe sur sa trace se rapprochant, il réussit à le séparer en brouillant les pistes et parvient à tuer Pope, l'un des quatre membres engagés et conduits par l'ex-colonel confédéré Carver. Arrivé à proximité d'une petite maison, le fuyard essaie d'y voler le cheval mais il est mis en joue avec un fusil par une jeune fille avant de s'écrouler, épuisé par sa blessure, par sa longue marche et par la faim. Aidé de son jeune frère Nathaniel, Charlotte emmène l'inconnu à l'intérieur et lui prodigue des soins. Le père des deux enfants arrive bientôt et Gideon lui propose d'acheter son cheval à un bon prix.
 - film - 39750_13
Ce qui surprend et séduit dans Seraphim Falls, c'est cet étonnant mélange de radicalité et de mysticisme peu habituel dans la tradition du western. Le scénario parvient à s'extraire du thème éculé de la vengeance qui le sous-tend pour explorer une dimension essentiellement morale dans laquelle s'immisce, de manière presque explicite, le surnaturel. Cette poursuite acharnée captive surtout parce qu'elle met aux prises un (nordiste) croyant et un (sudiste) athée dont on ne sait longtemps presque rien de l'identité et des motivations, tout en mettant en évidence, dans un subtil mouvement d'opposition et de conjonction, leur comportement spécifique. En ce sens, plus qu'un lieu, invoqué (et non évoqué !) brièvement, Seraphim Falls pourrait bien au fond signifier les chutes de Séraphin(s), ces puissantes créatures célestes entourant le trône divin, par leur incarnation-déchéance en êtres humains, tous deux hantés par les mêmes cauchemars.
 - film - 39750_19
La référence régulière à la figure symbolique du feu plaide d'ailleurs pour cette thèse. L'efficacité produite par la forte linéarité du scénario, la beauté visuelle de la nature et de ses climats, des reliefs glacials de l'Oregon aux étendues désertiques du New Mexico, l'épure de la photographie du brillant et oscarisé John Toll ajoutées aux énergiques et insolites interprétations de Pierce Brosnan** et de Liam Neeson font de ce premier film une réelle réussite.
___
*comme le très bon The Proposition de l'Australien John Hillcoat auquel il fait parfois penser.
**judicieux remplaçant, au cours de l'été 2005, de Richard Gere initialement casté pour le rôle de Gideon.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire