dimanche 19 février 2006

Le Violon rouge


"Tutto il mio cuore."

Le Canadien François Girard était surtout connu pour ses réalisations musicales, essentiellement celles avec son ami violoncelliste Yo-Yo Ma ou la captation des concerts italiens Secret World de Peter Gabriel en 1994. Le Violon rouge, son deuxième film de fiction (si l'on excepte le biopic qu'il a consacré à son compatriote pianiste Glenn Gould) est assurément singulier et intéressant à plus d'un titre. Un des rares de la production internationale dans lesquels l'authentique personnage principal n'est pas un être vivant mais un objet. Mais pas n'importe quel objet ! Choisi, évidemment, dans la sphère musical, il s'agit du plus légendaire* et romantique instrument, créé sous sa forme actuelle au milieu du XVIe siècle mais dont l'origine remonterait à environ cinq mille ans avant notre ère. Le scénario original, imaginé par Girard et son complice Don McKellar, auteur et metteur en scène la même année de Last Night, un remarquable drame futuriste, est intelligent et adroitement réalisé. Le film a d'ailleurs reçu huit "Génies" en 1999 dont trois majeurs (film, réalisation et scénario).
17 février 1997. La vente aux enchères "Trésors de Chine" organisée par la société spécialisée canadienne Duval va s'achever avec la pièce la plus rare et convoitée de son catalogue, le fameux "Violon rouge" du luthier italien Nicolo Bussotti. Parmi les acheteurs potentiels, le premier à enchérir est le soliste Ruselsky. Malgré sa célébrité, nul ne connaît vraiment l'histoire de cet instrument parfait et envoûtant ouvragé par Bussotti pour le fils que son épouse Anna devait bientôt mettre au monde. A Cremona, celle-ci se fait tirer les cartes par la servante Cesca. La prédiction est sombre, complexe et étrange. La nuit même, le nourrisson et sa mère meurent pendant l'accouchement. Au désespoir, Bussotti termine alors la fabrication de son instrument en utilisant pour le vernir un inédit composant organique. Le Violon rouge passera successivement entre les mains de Kaspar Weiss, un jeune prodige d'un orphelinat monastique formé à Vienne, à la fin du XVIIIe siècle, par le français Georges Poussin, du compositeur et virtuose oxfordien Frederick Pope, et des Chinois de Shanghai Xiang Pei et Chou Yuan avant d'être vendu, avec d'autres spécimens, par les autorités de leur pays.
On est, bien sûr, d'abord impressionné par l'originalité et l'ambition du projet. Dans l'esprit, le concept du film se situe dans le sillage de la (médiocre) comédie Being Human de Bill Forsyth dans lequel Robin Williams incarnait un Hector au cours de cinq époques éloignées de l'histoire ou, plus nettement, du Twenty Bucks de Keva Rosenfeld où nous suivions l'incroyable itinéraire d'un billet de vingt dollars. Tourné dans les cinq pays théâtres de l'intrigue, notamment à Cremona, la ville de résidence des illustres luthiers Nicolo Amati, Guiseppe Guarneri et Antonio Stradivari, Le Violon rouge ne parvient néanmoins pas à conserver son intensité narrative sur la longueur (plus de deux heures) du métrage. Les épisodes italiens et viennois sont les plus réussis et le "secret" de fabrication, hélas !, largement révélé par les résumés disponibles du film ne suffit plus à relancer une curiosité passablement émoussée par les pirouettes prétendument techniques, réellement frauduleuses mais assurément décevantes de l'expert Charles Morritz alias Samuel L. Jackson. Elle ne suffit pas à hausser le ton, mais il faut souligner la qualité du score de John Corigliano, justement récompensé par un "Oscar" et le talent du jeune violoniste américain Joshua Bell, soliste des Philadelphia Orchestra et St. Louis Symphony Orchestra.
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*certains affirment, par exemple, que le célèbre Antonio Stradivari aurait eu recours au fameux "nombre d'or" pour dessiner ses instruments.

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