jeudi 21 juillet 2005

Kiss of Death (le carrefour de la mort)


"Rien ne peut me faire du mal."

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Il fut une époque où l'on contestait le statut de "grand réalisateur" à Henry Hathaway. Certains ont, peut-être, toujours cette opinion. Débat puéril et vain, surtout lorsque l'on est amené à évoquer son probable chef-d'œuvre, Kiss of Death. Dans la longue carrière de ce cinéaste éclectique, nul autre que cet opus n'illustre mieux ses réels talents, caractérisés par l'efficacité et la simplicité. Pas de virtuosité démonstrative chez Hathaway mais une maîtrise et une rapidité de mise en scène au service exclusif d'une histoire. Celle de l'avocat, procureur et auteur Eleazar Lipsky, partiellement inspirée de faits authentiques, participe avec à propos à l'évolution du genre policier vers un parti pris de réalisme presque documentaire initié à la Fox à partir de 1945. Tourné principalement en extérieurs, (à New York, "sur les lieux mêmes des événements" comme le précise un panneau d'introduction), sans bande musicale envahissante, le film séduit par sa sobriété, par l'intensité de son final dû à Philip Dunne et par la qualité de son casting.
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L'ex-détenu Nick Bianco, dont le père a été abattu par la police, est à la recherche d'un travail depuis plusieurs mois, sans succès. Pour offrir une fête de Noël décente à sa femme et à ses deux petites filles, il tente, avec deux complices, de dévaliser la bijouterie Grant A. Peacock située au 24e étage d'une tour commerciale. Mais l'alerte étant donnée pendant qu'il redescend en ascenseur, il est blessé et capturé par la police. D'Angelo, l'assistant du procureur, essaie en vain à deux reprises de le convaincre de dénoncer ses complices. En attendant son audience, il partage une cellule avec Tommy Udo, une petite frappe trop bavarde. Bianco est condamné et incarcéré au pénitencier d'Ossining (Sing Sing). Trois ans plus tard, inquiet d'être sans nouvelles de sa femme Maria depuis trois mois, il apprend par Chips Cooney, récemment emprisonné, son décès par suicide au gaz et le placement de ses deux filles dans un orphelinat en dehors de New York. C'est la visite de Nettie Cavallo, l'ancienne baby-sitter des enfants, qui lui révèle que Rizzo, un ancien partenaire de Bianco, est à l'origine de la mort de son épouse. Bianco demande alors à rencontrer D'Angelo.
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Situé, dans la filmographie d'Henry Hathaway, entre le décevant 13 Rue Madeleine et le très honorable Call Northside 777, Kiss of Death est davantage un polar ou un drame qu'un véritable film noir. Il n'en respecte, en effet, pas les codes comme l'excellent Out of the Past de Jacques Tourneur, Dark Passage de Delmer Daves ou Lady in the Lake de et avec Robert Montgomery sortis la même année. Au delà de la qualité du récit proprement dit*, ce qui fait l'intérêt majeur du film est la grande ambivalence des deux principaux personnages. Nick Bianco, victime sacrificielle à l'hérédité et au destin tragiques remarquablement interprétée par Victor Mature, passe de l'intégrité au compromis, troublant ainsi le jugement du spectateur qui ne sait plus s'il est un gentil malfaiteur ou un méchant délateur. Et l'assistant-procureur D'Angelo souhaite-t-il sincèrement l'aider ou se sert-il simplement de lui ? Le film répond, pour partie au moins, à ces questions. Pas de duplicité, en revanche, chez Tommy Udo dont l'intégrité psychotico-sadique ne fait aucun doute. Richard Widmark, dans sa première apparition au cinéma pour laquelle il reçut un "Golden Globe" et une sélection aux Academy Awards, est à la fois inquiétant et époustouflant à souhait. La qualité de sa prestation n'a eu d'égale que sa faculté... à ne pas se laisser enfermer dans ce type de rôles (même si le Jefty Robbins dans Road House de Jean Negulesco est assez proche de Tom Udo). Formulons un regret et une remarque pour conclure : la (supposée ?) disparition des scènes où apparaissait Patricia Morison dans le personnage de Maria Bianco, coupées pour passer la censure ; Kiss of Death a fait l'objet, en 1958, d'une transposition en western sous la direction de Gordon Douglas (The Fiend Who Walked the West, inédit en France) et, en 1995, d'un remake réalisé par Barbet Schroeder.
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*qui valut à Ben Hecht et à Charles Lederer le "prix du meilleur scénario" au Festival de Locarno en 1948 et, la même année, une nomination aux "Oscars" à Eleazar Lipsky.

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