mercredi 29 juin 2005

War of the Worlds (la guerre des mondes)


"If the day ever dawned when I ruled the world" (in "If I ruled the world"*)

Les américains cherchaient depuis mars 2003 au moins une arme de destruction massive. Ils l'ont trouvée, elle se nomme War of the Worlds. Vous comprendrez, dès les premières scènes où ils apparaissent, que nos visiteurs d'une autre planète ont, depuis Close Encouters et E.T., considérablement perdu de leur poésie. La dernière livraison de Steven Spielberg est, bien sûr, le blockbuster attendu de l'été 2005 mais il est aussi un des plus sombres, redoutables et efficaces films de science-fiction de cette dernière décennie, voire au delà. Oublié l'Independence Day de Roland Emmerich à l'origine du report du projet de Spielberg. Et la classique et méritoire version de Byron Haskin fait figure de pantomime comparée à cette nouvelle et assez libre adaptation de l'ouvrage de H.G. Wells paru en 1898. Rarement le terme de divertissement aura-t-il été aussi mal adapté à une œuvre de cinéma. Car War of the Worlds, à l'instar d'un Metropolis, nous ramène implacablement à nous-mêmes, à nos croyances et à nos peurs fondamentales.
Ray Ferrier, un passionné de mécanique, est un des meilleurs grutiers de containers des docks d'une petite ville du New Jersey. Divorcé, Ray doit héberger pour quelques jours ses enfants, Robbie et Rachel, pendant que son ex-femme Mary-Ann rend visite, avec son nouveau mari dont elle est enceinte, à sa famille à Boston. Robbie ne s'entend pas bien avec son père qu'il considère comme un égoïste incapable de s'intéresser aux autres. Mais l'atmosphère n'a pas le temps de s'envenimer davantage. Un étrange et très puissant orage électrique se déclenche. Le courant et les communications sont bientôt coupés et les véhicules tombent tous mystérieusement en panne. Alors qu'il cherche sa Mustang empruntée sans son autorisation par Robbie, Ray assiste en ville à un phénomène d'abord surprenant puis totalement terrifiant. Le sol se fend comme pendant un séisme et libère finalement un engin monstrueux et mortel juché sur trois pieds. Pour survivre encore un peu, il faut fuir et se cacher.
Qu'ils étaient sympathiques ces Invaders de notre enfance comparés à ces intrus là ! Pas question de les approcher et il ne viendrait à personne l'idée d'essayer de leur parler. Comme le clame le personnage appelé Ogilvy : "ce n'est pas une invasion, c'est une extermination." Brutale, radicale, mécanique. Ca ne rigole pas chez les extra-terrestres de la dernière génération spielbergienne. Un peu comme chez les criminels de guerres ethniques. Le paradoxe savamment géré par le film est justement de donner à cette guerre des caractéristiques à la fois fantastiques et humaines. C'est en ce sens notamment, mais également par l'absence de toute prétention patriotique ou héroïque, qu'il est infiniment plus intéressant qu'Independence Day. Moins manichéenne que la version de 1953 (l'homme n'est pas toujours montré sous son meilleur jour), celle-ci place aussi au cœur du récit un personnage ordinaire et non un scientifique élitiste.
Comme dans la plupart des films du réalisateur, l'intrigue principale se superpose aux tensions qui minent une famille recomposée, c'est à dire dans un contexte où la preuve de l'attachement ou de l'amour reste toujours à apporter. Ajouté à une photographie soignée, parfois stylisée, mais réaliste, à un rythme qui ménage assez peu de répit et à une bande son ahurissante, War of the Worlds frappe davantage les esprits et les corps que bon nombre de films du genre. Survival movie au premier degré, il apporte aussi matière à réfléchir sur l'être et les rapports humains. Certains regretteront le manque de vraisemblance de certaines situations et, surtout, la concession d'un double (triple ?) happy ending. Rien que la modeste rançon d'un film réussi destiné à un (très) grand public.
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*chanson dont un extrait est interprété par Tony Bennett au début de la scène du ferry.

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