vendredi 14 janvier 2005

Zatôichi hatashi-jô (zatôichi : le défi)


"Il n'est pas trop tard pour renaître."

Deux épisodes de "La Légende de Zatôichi" sortent au cours de l'année 1968, ce dix-huitième opus et le suivant, Zatôichi kenka-daiko (voir critique). Zatôichi hatashi-jô est également le cinquième et, vraisemblablement, le meilleur des sept films de la série réalisés par Kimiyoshi Yasuda. Après un épisode apaisé, Zatoichi chikemuri kaido, le masseur Ichi retrouve ici la tonalité mélancolique et sombre initiée par Kazuo Mori dans Zatoichi sakate giri. Tonalité soulignée, dès la séquence qui précède le générique, par la chanson du héros aveugle. Arrivé aux deux-tiers de ses aventures, le personnage interprété par Shintarô Katsu est, plus que jamais, arrivé... à la croisée des chemins.
Ichi arrive dans un village dirigé d'une main de fer par le parrain Matsugoro (Hosei Komatsu), auquel le gouverneur de la région a confié la charge de police. Un groupe de sept fugitifs, après avoir saccagé une ferme, contraignent celui-ci à les héberger. Parmi eux, le frère d'une victime d'Ichi lorsqu'il se trouvait à Nenbutsu, bien décidé à se venger. Matsugoro pense utiliser, à titre de réciprocité, les services de la bande qu'il a, contre son gré, abrité pour accomplir ses basses besognes. De son côté, Ichi est accueilli par le docteur Junan (Takashi Shimura) dont le fils fait partie du groupe de bandits. Après être venu au secours d'un vieux paysan endetté et de sa fille, ouvrière dans la filature de Matsugoro, Ichi va, après l'assassinat du commerçant Tokuzaemon, mener une guerre sans merci contre le parrain et sa clique. 
"Humain, trop humain", jamais le masseur aveugle Ichi n'a été à ce point vulnérable et, à la fois, presque surnaturel. Vulnérable, bien sûr par son handicap visuel qui l'oblige à s'en remettre à son ouïe, elle-même parfois défaillante, mais aussi par sa solitude. Ichi ne retire-t-il pas lui même la balle qui l'a gravement blessé plutôt que de confier ce soin à son ami, le docteur Junan ? Surnaturel par son invincibilité, quelque soit le nombre ou la qualité de ses adversaires et, aussi, parce qu'il apparaît toujours là où on l'attend le moins, comme dans cette belle scène qui l'oppose à la jeune femme acoquinée au groupe de fugitifs. A propos de femmes, Yasuda, malgré un scénario perfectible, développe une relation intéressante et ambiguë entre son héros et les deux personnages féminins du film. Et la question de Nietzsche*, l'auteur de l'ouvrage précédemment cité, devient, à ce propos, particulièrement pertinente. Zatôichi hatashi-jô est, enfin, l'occasion de remettre en présence Shintarô Katsu avec le comédien d'Akira Kurosawa, Takashi Shimura (celui qui, en particulier, incarnait le chef des samouraïs dans Shichinin no samurai). Les deux hommes se retrouveront d'ailleurs, une dernière fois, dans l'avant-dernier épisode de la série "Zatôichi".
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*"se peut-il, d'une manière générale, que les femmes soient justes alors qu'elles sont si habituées à aimer, à n'être, peu importe pour ou contre, que sentiment ? De là vient aussi qu'elles sont rarement acquises à une cause, mais plutôt aux personnes..." (in "Humain, trop humain")

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